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Le 25 mai 2022, à Brescia en Italie, le Cardinal Dieudonné Nzapalainga, archevêque de Bangui a animé une rencontre  qui s'inspire de son livre " Ma lutte pour la paix !"

Le rendez-vous au lieu dans la soirée dans la salle Bevilacqua de la rue Pace. L'initiative est promue par la coopérative catholique-démocratique.

« Que personne ne dise que cela est une guerre de religion ! ». Après les idéologies, les religions sont devenues un instrument pour alimenter les guerres et sacraliser les divisions. Cela est arrivé en Afrique, en Asie, en Moyen Orient, mais aussi en Europe, comme cela paraît évident en Russie en ces jours de guerre. Aussi du moins dans une partie du monde, au cœur de l'Afrique, trois "Hommes de Dieu" ont essayé d' "aller contre les évènements au lieu de les subir" pour empêcher que se déclenche "l'engrenage confessionnel" pour multiplier les erreurs. « Ma lutte pour la paix. A mains nues contre la guerre en RCA », est le récit de cette histoire, racontée à chaud par un des protagonistes. Dieudonné Nzapalainga est  tout sauf ce que l'on peut imaginer de l'or et du pourpre qui entourent les cardinaux, ni de loin ce qu'on imaginer d'une église rigide, figée sur ses positions conservatrices promues parfois par le clergé comme le décrivent les fidèles de Brescia dans leur analyse pour le synode. Avec un visage ouvert et radieux de qui a choisi la générosité comme style de vie, le plus jeune des cardinaux incarne « l'église de camps » (l'Eglise sous la tente) voulue par Pape François. Comment se fait-il pour lutter à mains nues contre la guerre? Il ne s'agit pas d'un acte courageux d'un temps de crise, mais d'un choix qui a muri après tant d'années.

Qui est Dieudonné Nzapalainga ?

Dieudonné né à Bangassou, dans l'une des régions les plus pauvres du très pauvre Centrafrique. La maman est protestante, le père est catholique : l'œcuménisme est l'expérience qu'ils vivaient au quotidien. Il décide de devenir prêtre fasciné par le père Léon, missionnaire hollandais, « un Blanc qui vit avec les pauvres et mangent avec les Africains ». Dieudonné travaille dur pour continuer au séminaire et après des études de philosophie au Congo et de théologie au Gabon, finit au Cameroun avec les Pygmées, les paria parmi les Africains. Il a étudié chez les jésuites à Paris, fait les voeux  dans la congrégation des Spiritains et commença sa mission à Marseille parmi les jeunes qui lui tinrent tête l'envoyant parfois balader, à raconter ses histoires d'ailleurs. Mais lui ne lâche guerre. Les pauvres vivants dans la rue sont l'image qui l'inquiète de la riche France. En Afrique, il rentra comme supérieur de sa Congrégation et devint administrateur du diocèse  de Bangui en pleine crise. Le clergé était contre lui, les caisses étaient vides. Et dans ce moment difficile, il mit en jeu sa force irrésistible: va en quête de tous, écoute tous, encourage tous, à mains nues … et ouvertes. Quand en RCA la guerre civile explosa en 2013, avec la Seleka, la coalition qui veut conquérir la le pouvoir par coup de mitraillette et de machette, Nzapalainga se rend à l'évidence, avec des bandes infiltrées du Tchad et du Soudan, qu'ils étaient en train d'utiliser le christianisme et l'islam pour mettre les familles et les populations les unes contre les autres. Et toute l'expérience juste que là murie donne son fruit.

Le cardinal Nzapalaïnga face au public à la Chiesa di San Pietro Martire à Naples, le 25 mai 2022 ( image : Esdras Bimbo)

La naissance de la plateforme des confessions religieuse de Centrafrique

L'Archevêque va personnellement chez le pasteur protestant Nicolas Guerekoyame-Gbangou et chez l'Imam Omar Kobine Layama, et les convainc à prendre une position conciliante. Personne ne peut prendre fait et cause pour Dieu et tuer les autres. Ainsi naît la Plate Forme des Confessions religieuses qui de village en village, cherche à s'installer pour si possible prévenir et contenir les conflits. Le Journal "Le Monde" les définit les "trois saints". La méthode, la pratique et le style est celui de donner la voix aux opprimés, de leur faire raconter ce qui leur est arrivé, les tortures et les  violences, les douleurs et sévices, parce que c'est seulement de cette manière que l'on peut se conduire autrement que vivre encore dans la haine et la vengeance. Les paroles doivent sortir, les sentiments doivent être dites. Si la guerre s'alimente de propagande et de facilité, , la paix peut se construire seule par la vérité.

Il raconte le témoignage direct et personnel. Il a offert son hospitalité des mois à l'imam dans son évêché, une fois s'est fait  arrêté avec le pasteur par solidarité.

Des actions humanitaires au risque de sa vie

Il intervient pour secourir et sauver des vies, à enterrer des morts avec respect, dénoncer les touts puissants, à convertir les cœurs. Ainsi il a lutté les mains nues contre la guerre risquant tant de fois de prendre une boulette ou un coup de couteau, sans mépriser le danger que tout puisse mal tourner, mais ayant la foi dans la bonté du geste à poser. Le Pape François qui en 2015 à Bangui, ouvre la Porte sainte de l'année de la Miséricorde allant là où il y a deux jours il y avait des détonations de coups de feu, se déchaussant, il entra à la mosquée rencontrant en égaux et pairs les représentants des autres confessions religieuses, a accompli un geste prophétique décisif pour des médiateurs et des combattants (armés). Nzapalainga est lui-même nommé cardinal par le même François. Et dans son premier discours sans aucune hésitation: « Je suis fils d'une famille pauvre. Dieu a appelé un pauvre. Un pauvre fait partie désormais de ce qui est considéré comme le groupe des princes de l'Eglise. Mais ma mission est toujours d’être avec les pauvres ». Le cardinal ne cache pas la réalité : la corruption de la politique, le pillage des ressources, l'avancée de la Chine. La guerre couve encore en Centrafrique comme dans d'autres coins et recoins de ce continent pillé. Dieu seul sait comment avoir beaucoup d'espérance après plusieurs longues années de pauvreté et de misère, de massacres et souffrance. Mais comme les noms sont une prédiction (présage) et Nzapalainga en langue sango" veut dire  « Dieu sait ».

 

Article écrit par Claudio Baroni

Traduit de l'italien par  Dieu Béni Nicaise YASSIGAO

 

 

 

 

 

 

 

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